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comment on brise le droit de choisir son candidat

“Ça y est, j’ai accepté la primaire !” Devant quelques journalistes, Xavier Bertrand ménage son effet… avant d’éclater de rire. La blague a duré à peine deux secondes. Ce vendredi 11 juin à Hesdin (Pas-de-Calais), le président sortant de la région Hauts-de-France sort d’un déjeuner en terrasse avec son “ami” Gérard Larcher. Au menu : bavette, potjevleesch (une terrine de viande, spécialité du Nord), frites et élection présidentielle. « Vous ne pourrez pas gagner seul, il faut savoir rassembler, lui indique le président du Sénat. La droite n’échappera pas à une primaire. Les deux hommes, poids lourds de la droite, n’ont pas besoin d’attendre le dessert pour le comprendre : pour choisir le candidat de leur famille politique en 2022, leurs stratégies s’opposent.

Celui de Xavier Bertrand ? Le bulldozer. Depuis le 25 mars, il est officiellement candidat à l’élection présidentielle, sans passer par la case primaire. “Si j’ai quitté Les Républicains, ce n’est pas pour revenir à un système, a-t-il répété ce jeudi sur franceinfo. Je veux cette liberté.” Problème : il n’est pas le seul ambitieux de son côté. Valérie Pécresse, Bruno Retailleau, Laurent Wauquiez ou encore Michel Barnier se préparent également, plus ou moins discrètement. Et n’entend pas laisser Xavier Bertrand l’emporter à droite sans adversité, malgré son avance à ce stade dans les sondages pour 2022 (autour de 15 % d’intentions de vote au 1er tour, 5 à 9 points d’avance sur ses concurrents).

D’où l’idée d’un “système de bris d’égalité” (le mot « primaire » est devenu tabou pour beaucoup chez LR) pour sélectionner le meilleur candidat à l’Élysée. « Si la droite fait ça, elle est morte ! prévient ce proche de Xavier Bertrand. C’est complètement incohérent, ça ne fera que nous diviser, c’est l’inverse du rapprochement. “

Pour plier le match, et s’il est réélu le 27 juin dans sa région, Picard veut donc compter sur autre chose que la compétition interne. D’abord son profil : élu local, expérimenté, provincial, pas énarque. “Par nature, je suis l’anti-Macron”, il résume. Ensuite, sa stratégie. L’ancien ministre de Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy s’inspire justement des campagnes victorieuses des deux derniers présidents de droite. Sa cible ? Vote populaire. “On ne peut pas se contenter de grignoter l’électorat de Macron”, il expose. Autorité, travail, République des territoires : les trois axes de son programme, thèmes classiques de la droite, sont censés séduire les électeurs tentés par l’abstention ou le vote Le Pen, comme l’avait fait Nicolas Sarkozy en 2007. Mais représenter la droite ensuite année, Xavier Bertrand a une dernière idée en tête, moins assumée : les rallyes.

“L’objectif est d’avoir Pécresse et Retailleau d’ici la fin de l’été, pour tuer les primaires. Ce sont des gens de qualité dont on ne peut plus se passer.”

Un proche de Xavier Bertrand

à France Télévisions

Des concurrents qui, comme tous les partisans d’une nouvelle primaire à droite, entendent se battre jusqu’au bout. Chez Les Républicains, si la direction comme la plupart des militants rejettent l’idée d’une nouvelle primaire, certains ténors la préparent activement. Gérard Larcher, qui travaille sur les modalités depuis décembre, a remis cette semaine ses conclusions à Jean Leonetti. Le maire LR d’Antibes (Alpes-Maritimes) a été chargé de superviser l’éventuelle future élection. “Je suis le casque bleu de la droite”, il rit.

Parmi ses objectifs : “Que tout soit décidé fin octobre, pour un vote fin novembre.” Une courte campagne donc, rythmée par “seulement un” débat télévisé et qui se terminerait par un vote à deux tours par voie électronique, faute de temps pour mettre en place des bureaux de vote dans tout le pays comme en 2016. “La base électorale doit être suffisamment large pour empêcher que seuls les militants LR et les élus LR ne votent”, ajoute Jean Leonetti, qui réfléchit au meilleur moyen d’y parvenir.

Et il n’est pas le seul à croire en ses vertus. « La primaire est la seule occasion de mettre la droite à l’honneur, de revenir au cœur du débat public et médiatique », argumente un proche de Valérie Pécresse. Au risque de voir la droite se déchirer dans l’espace public, comme certains le craignent ? “La primaire peut devenir un match amical parce que l’aile droite veut gagner !”, répond un autre partisan du tie-break. “Elle ne peut plus être dans l’opposition, elle ne survivra pas à une troisième défaite consécutive à la présidentielle. C’est pourquoi le primaire se passera bien. “

Pas évident que cela suffise à convaincre Xavier Bertrand de se retirer et de participer enfin au scrutin. Alors certains préviennent : “Si Bertrand ne passe pas par la primaire, une grande partie de LR ne le soutiendra pas. S’il y passe et qu’il la gagne, oui”, assure ce ténor de la droite, qui connaît l’hostilité et le ressentiment que certains cadres ressentent envers le président des Hauts-de-France, que Jean Leonetti a prévu de le rencontrer après les élections régionales.

Alors pour éviter de laisser fleurir deux stratégies inconciliables, le président des Républicains Christian Jacob, personnellement hostile à une primaire, propose une troisième voie, une sorte de “en même temps” à la sauce LR. Le 9 juin, il a annoncé que deux sondages Ifop seraient ordonnés en septembre et octobre pour tester les intentions de vote des différents prétendants. Le panel très large, 15 000 répondants, et réservé aux Français “partager les valeurs de la droite et du centre” est censé fournir une issue. Et au passage permettre à François Baroin, ami de Christian Jacob, de concourir si l’envie le prend… “Soit on a un candidat qui écrase le match à l’issue de ces sondages, soit on sera sur un processus de sélection”, détaille ce jour-là le patron de LR.

Fin du débat sur la méthode et rendez-vous à l’automne ? Pas si sûr : “Ces deux sondages ne peuvent pas éliminer la primaire”, rétorque Jean Léonetti. Il reste cinq mois à la droite pour trouver un candidat à la présidentielle.

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