Divertissement

Dune, L’Origine du monde, Le Genou d’Ahed: Les nouveautés au cinéma cette semaine

Ce qu’il faut voir en salles

L’ÉVÉNEMENT

DUNE ★★★★☆

De Denis Villeneuve

L’essentiel

Le monument de la science-fiction devient un blockbuster impeccable et terrassant, prêt à affronter les âges. Grâce à Denis Villeneuve, Dune entre dans l’ère des franchises par la grande, la très grande porte

“Les rêves sont les messages des profondeurs”, grogne violemment la voix-off d’outre-espace qui lance Dune avant même que le moindre logo apparaisse. Ce haiku situe d’emblée le film dans une tonalité de trip onirique. Tout est en place pour une folie arty. Pourtant, pour réussir son pari et ramener les spectateurs, Villeneuve sait qu’il a besoin de l’espace et du temps. En choisissant de couper le livre en deux films, en sous-titrant le logo de son film par un “Part One », le cinéaste a fait le choix de la franchise. Un choix industriel et esthétique qui devrait donc lui donner la liberté nécessaire pour livrer sa version ultimate du monument SF.

Le Dune de Villeneuve évoque constamment la version de Lynch de 1984 mais motorisée pour 2020. Il s’impose comme un témoignage du sens de l’image brutale du réalisateur de Sicario et de Premier contact. A l’image de son casting d’Olympiens du box-office (tout le monde, sauf Timothée Chalamet, est passé par Marvel, Disney, Star WarsMission : Impossible ou DC), le monument est immédiat, terrassant, sérieux, à tel point qu’il faudra sans doute plus d’une vision pour l’encaisser.

Dune : Part One est un manifeste, un pilote de franchise qui affirme que oui, Dune est aussi gros, aussi puissant sur grand écran que Star Wars. En attendant Dune : Part Two… En attendant Le Messie de Dune et ses suites… Il ne reste peut-être plus rien à écrire de follement original sur Dune, mais il reste encore beaucoup à voir.

Sylvestre Picard

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PREMIÈRE A BEAUCOUP AIME

L’ORIGINE DU MONDE ★★★★☆

De Laurent Lafitte

Alors qu’on nous certifie qu’on ne peut plus rire de tout, voilà que déboule le pitch le plus secoué et le plus politiquement incorrect de 2021. Un homme dont le cœur a cessé de battre va voir une coach recommandée par sa femme pour guérir de ce mystérieux mal. Et cette dernière lui explique que son cœur repartira le jour où il lui apportera une photo du sexe de sa mère… à qui il n’a pas parlé depuis 10 ans ! Adapté d’une pièce de Sébastien Thiéry, L’Origine du monde raconte cette quête impossible, dans un mélange subtil d’humour anglo- saxon pour son côté nonsensique et gaulois dans sa manière d’aborder frontalement le trivial sans verser dans la vulgarité. Le résultat est tout à la fois surréaliste, irrésistiblement drôle, joyeusement malaisant, avec une interprétation au cordeau. Les premiers pas de Laurent Lafitte derrière la caméra ne laisseront personne indifférent !

Thierry Cheze

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LE GENOU D’AHED ★★★★☆

De Nadav Lapid

Le héros du nouveau Nadav Lapid (Synonymes) n’a pas de nom mais une initiale Y. Cinéaste engagé, il a accepté une invitation à venir présenter son long métrage précédent dans un petit village situé au sud d’Israël où il est accueilli par l’organisatrice de l’événement. Une fonctionnaire du ministère de la Culture au charme de laquelle il ne semble pas insensible jusqu’à ce qu’elle lui demande de remplir un questionnaire pour qu’il coche les sujets qu’il abordera en lui faisant bien comprendre qu’il faudra rester dans les clous. La goutte d’eau pour un homme au bord de la crise de nerfs contre son pays qu’il juge piétiner en permanence les règles les plus élémentaires de liberté

Dès lors, le film sera un cri de rage. Sur le fond comme sur la forme. Entre tirades hallucinantes et feu d’artifice de styles de mise en scène, passant sans temps mort du plan serré au plus près des visages au plan large, du travelling purement cinématographique à une scène filmée à l’Iphone comme volée, de la caméra en mouvement à des plans plus apaisés. Lapid traduit physiquement par sa mise en images le bouillonnement intérieur et l’explosivité soudain incontrôlable de Y, poussant les curseurs à fond jusqu’à l’insupportable

Douloureux, rêche, épuisant, inconfortable, déroutant, Le Genou d’Ahed ne se donne pas facilement et pourtant vous renverse comme un ouragan balaie tout sur son passage sans se soucier du quand dira t’on. Lapid réussit brillamment à traduire en images une haine, celle qui le bouffe face au recul de la démocratie dans l’Israël de Netanyahou. Du cinéma vécu comme un sport de combat, récompensé du Prix du Jury dans le palmarès cannois.

Thierry Cheze

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PREMIÈRE A AIME

LES AMOURS D’ANAÏS ★★★☆☆

De Charline Bourgeois- Taquet

En 2019, on découvrait à la Semaine de la Critique Pauline asservie, un court où Charline Bourgeois- Tacquet s’emparait de la thématique de l’obsession amoureuse avec une héroïne sans cesse au bord de la crise de nerfs en attente du texto de son amant, incarnée par Anaïs Demoustier. Lui aussi sélectionné à la Semaine, Les Amours d’Anaïs constitue le prolongement de ce court. Le prénom a changé mais pas son interprète, pour qui cette Anaïs semble écrite sur mesure dans cette idée d’un personnage qui a choisi de vivre au seul rythme des emballements de son palpitant sans avoir peur de dire sa passion amoureuse. Mais en passant du court au long, la réalisatrice joue aussi avec les curseurs émotionnels, les moments d’apaisement venant renforcer l’explosivité naturelle d’Anaïs. Et dans ce rôle, par son espièglerie joueuse, son intensité dingue sans jamais forcer le trait, Anaïs Demoustier signe une composition d’autant plus rayonnante qu’elle joue en permanence avec les autres, à commencer par les excellents Denis Podalydès et Valeria Bruni- Tedeschi (dans un rôle d’une douceur qui contraste avec son emploi habituel).

Thierry Cheze

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L’AFFAIRE COLLECTIVE ★★★☆☆

De Alexander Nanau

On connaît le talent des cinéastes roumains à raconter par la fiction les dérives coupables du système politique de leur pays. Alexander Nanau s’y emploie ici par le biais du documentaire en revenant sur l’incendie d’une discothèque de Bucarest dont de nombreuses victimes ont succombé de leurs blessures dans des hôpitaux alors que leurs vies n’étaient pas en danger. Il raconte comment, alertée par le témoignage d’un médecin, la rédaction d’un journal sportif a décidé d’enquêter sur l’affaire en mettant à jour le système de corruption massive à l’œuvre dans le système de santé publique roumain. Nommé à l’Oscar, ce plaidoyer pour les lanceurs d’alerte, pour les pots de terre contre le pot de fer se vit comme un thriller haletant. Avec ce talent rare de rendre accessible une situation aussi nébuleuse sans pour autant adopter un ton scolaire.

Thierry Cheze

L’ETAT DU TEXAS CONTRE MELISSA ★★★☆☆

De Sabrina Van Tassel

Révélée en 2015 par La Cité muette, formidable documentaire sur la cité HLM derrière les murs de laquelle se cache l’ancien camp de Drancy, Sabrina Van Tassel se penche sur une affaire judiciaire qui a défrayé la chronique outre- Atlantique : Melissa Lucio, accusée d’avoir tuée sa fille de 2 ans qui fut, en 2008, la première Hispano- américaine condamnée à mort au Texas et reste, aujourd’hui, après 13 ans d’incarcération, malgré des compléments d’enquête et une procédure d’appel, sous la menace de cette peine capitale. Parler d’originalité au sujet de ce doc serait mentir tant les plateformes en regorgent. Mais l’essentiel est ailleurs, dans le triple talent de conteuse (sans la béquille de la voix- off), d’enquêtrice (sa manière d’orchestrer les témoignages contradictoires et de ne pas donner la parole qu’à la défense) et de confesseuse de Van Tessel. L’affaire, complexe, devient limpide et les affèteries de réalisation s’effacent devant la puissance tranquille de l’ensemble

Thierry Cheze

AVEC UN SOURIRE, LA REVOLUTION ! ★★★☆☆

De Alexandre Chartrand

Réalisateur québécois passionné par la culture catalane, Alexandre Chartrand documente ici de l’intérieur le mouvement qui a mené la Catalogne à se prononcer par référendum sur son autodétermination, en octobre 2017. Militant revendiqué de la cause indépendantiste, Chartrand filme les citoyens anonymes, manifestant pacifiquement pour réclamer la tenue d’une élection, et quelques figures plus médiatiques, comme le chanteur et député Lluis Llach ou l’acteur Sergi Lopez. Il souligne le bien-fondé des revendications, l’incompréhension d’un peuple à qui on refuse l’exercice du droit de vote, et identifie les actions répressives du gouvernement Rajoy (confiscation des urnes et des bulletins, arrestation de hauts fonctionnaires…) comme un héritage de l’obscurantisme franquiste. Du bon cinéma direct, qui donne à voir de façon concrète, physique et tangible, la ferveur démocratique.

Frédéric Foubert

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PREMIÈRE A MOYENNEMENT AIMÉ

SUMMERTIME ★★☆☆☆

De Carlos Lopez Estrada

Après l’emballant Blindspotting qui l’a révélé, on attendait de pied ferme le deuxième long de Carlos López Estrada. Peut- être trop… Inspiré par sa participation à un atelier de spoken world, il a décidé s’associer les 25 artistes qui s’y produisaient à un projet collectif. Une sorte de mosaïque urbaine dans les rues de Los Angeles où ces 25 vont se croiser dans des scènes explorant leur rapport à cette ville. L’intention est louable, les artistes en question aussi charismatiques que doués mais Summertime peine à dépasser son statut de film concept, croisement arty entre La Ronde et La La Land. A cause d’un souci majeur : le message (parfois sommaire) sur la société que chacun entend délivrer prend trop le pas sur la manière de le délivrer et rend le liant entre chaque scène souvent un brin forcé et artificiel. L’énergie est là, réjouissante mais sans la puissance de Blindspotting.

Thierry Cheze

PREMIÈRE N’A PAS AIMÉ

BLUE BAYOU ★☆☆☆☆

De Justin Chon

Révélé au grand public comme acteur dans Twilight, Justin Chon a entamé une carrière de réalisateur en 2015, qui lui a valu notamment un prix à Deauville en 2017 pour Gook qui racontait les émeutes de 1992 à L.A. du point de vue de deux frères d’origine coréenne. Mais Blue bayou, son quatrième long – et le premier à sortir en France – marque une étape importante. Sa première sélection à Cannes dans la section Un Certain Regard. Il y met en scène Antonio, un homme d’origine américano- coréenne adopté qui a grandi dans un village de Lousiane avant d’épouser Katy avec qui il élève sa fille issue d’une première union. Antonio galère, peine à joindre les deux bouts et va surtout se retrouver victime d’un trou dans la raquette juridique américaine, qui le rend expulsable sans délai vers la Corée où il n’a jamais mis les pieds. Nul ne songerait à mettre en cause la sincérité de la démarche de Chon pour dénoncer le sort réservé à certains immigrés aux Etats- Unis. Mais que son traitement est maladroit ! Entre une mise en images chichiteuse aux influences wong-kar-waiennes mal digérées, des flashbacks superflus pour raconter l’enfance d’Antonio, la multiplication de personnages secondaires à l’écriture trop caricaturale dans leur méchanceté pour croire à leur rédemption (l’ex petit ami de Katy, la mère adoptive d’Antonio…) et surtout une tendance à vouloir encapsuler tous les malheurs du monde – racisme, enfance maltraitée, cancer… – en deux heures. Le chantage lacrymal qui en découle abîme le traitement de son sujet central et rend le film vraiment pénible à regarder.

Thierry Cheze

LA PROIE D’UNE OMBRE ★☆☆☆☆

De David Bruckner

Savez-vous ce que c’est qu’un caerdroia ? D’après Wikipédia, il s’agit d’un motif de labyrinthe, à la signification perdue, dessiné par des fermiers sur les collines du pays de Galles. Et c’est peut-être bien le truc le plus intéressant à retenir de ce thriller surnaturel rappelant beaucoup dans son style Invisible Man (2020) : une jeune veuve (Rebecca Hall, très bien dans ce rôle, et également productrice) est hantée par le spectre de son défunt mari qui veut l’entraîner dans un ailleurs… Et dans lequel un caerdroia joue un grand rôle ? Même pas, car si le motif y apparaît comme la clef du mystère, on n’est pas dans une folk horror avec rituels païens, mais dans une exploration de secrets de couple languissants dans de belles villas avec quelques jump scares pour la route. Pas grand-chose, donc.

Sylvestre Picard

 

Et aussi

Christo, marcher sur l’eau de Andreï M. Paounov

La Ferme qui soigne de Caroline Breton

Mush- Mush et le petit monde de la forêt de Joeri Christiaen

Le Pied nickelé de Jean- Loup Martin

Pourris gâtés de Nicolas Cuche

Spiral de Sofiene Mamdi

Les reprises

Bayan Ko de Lino Brocka

 

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