France

Jean Castex en visite au Vatican, en pleine tempête pour l’Église de France

Le Premier ministre sera reçu par le pape ce lundi au Vatican, alors que l’Église de France traverse une période de grandes turbulences après la publication du rapport Sauvé sur la délinquance des enfants au sein de l’institution.

Jean Castex sera reçu lundi matin à Rome par le pape François dans un contexte houleux pour l’Eglise de France, face à des révélations fracassantes sur des abus sexuels et une polémique autour du “secret de la confession”.

La visite, la première d’un Premier ministre français en poste depuis celle de François Fillon en 2019, était prévue de longue date pour célébrer le centenaire du rétablissement des relations diplomatiques entre la France et le Saint-Siège. Mais il est secoué par la nouvelle après la publication le 5 octobre des conclusions de la Commission indépendante sur les abus sexuels en Église (Ciase), présidée par le haut fonctionnaire Jean-Marc Sauvé.

Un rapport impossible à cacher

Si le Premier ministre, reçu en audience privée par le Souverain Pontife, devrait selon son entourage évoquer plusieurs sujets sur lesquels la France et le Vatican convergent (accès aux vaccins pour tous, changement climatique, Liban…), impossible de le dissimuler l’ampleur figure dans le rapport : 216 000 mineurs agressés par un prêtre ou un religieux en France depuis les années 1950, 330 000 dont des agresseurs laïcs en lien avec les institutions de l’Eglise.

D’autant que depuis son élection en 2013, le Pape a fait de la lutte contre les abus sexuels – “l’instrument de Satan” – l’une des priorités de son pontificat. François a déjà exprimé sa “honte” et sa “douleur” suite au rapport Sauvé et Jean Castex assurera qu’il suivra “de très près les décisions que les évêques prendront dans les semaines à venir”, selon ses conseillers. .

Mais le débat s’est également noué autour du secret de la confession, que le président de la Conférence des évêques de France (CEF) Emmanuel de Moulins-Beaufort avait jugé “supérieur aux lois de la République”, avant de reculer et d’évoquer « formulation maladroite ».

Sur ce point, Jean Castex, qui rencontrera dans la matinée à Rome plusieurs dignitaires du Saint-Siège ainsi que des représentants de la communauté ecclésiastique française, devrait limiter le débat aux frontières nationales en rappelant que “l’interlocuteur du gouvernement, c’est est l’Église de France”.

« La pierre est avant tout dans le jardin des évêques » de France, qui devront « dire comment articuler la protection des enfants et le secret de confession qui, en droit français, est un secret professionnel, ni plus ni moins » , insistent les services du Premier ministre.

Une façon de ne pas bousculer le Vatican, qui lui-même marche sur des œufs : d’une part, un formulaire de déclaration de délit a été mis à disposition de tout ecclésiastique en juillet 2020 ; de l’autre, le Saint-Siège a confirmé la primauté du secret de la confession, le confesseur étant simplement incité à « essayer de convaincre le pénitent » pour alerter les personnes en mesure d’agir en justice.

Après le Pape, le Premier ministre italien

Dans l’après-midi, Jean Castex, accompagné du ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian et du ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, sera attendu au Palazzo Chigi par le chef du gouvernement et ancien patron de la Banque centrale européenne Mario Draghi.

L’occasion d’incarner davantage le réchauffement des relations entre la France et l’Italie, marqué par des épisodes de tension, notamment sur la question migratoire lorsque le leader d’extrême droite Matteo Salvini était ministre de l’Intérieur.

Le sujet sera bien évidemment invité à revenir à la table des discussions puisque la France exercera la présidence tournante de l’Union européenne à partir du 1er janvier.

Dans ce contexte, Paris entend faire du renforcement des frontières extérieures de l’Europe une de ses priorités, notamment en mettant en place des camps d’enregistrement sécurisés aux principales portes d’entrée du continent, dont l’Italie.

L’enjeu est d’amener Rome à mettre en place ce filtrage, qui conditionnera une “politique de solidarité”, c’est-à-dire l’allocation des fonds, objet d’étroites négociations à Bruxelles depuis un an.

Enfin, Jean Castex et Mario Draghi devraient affirmer leur volonté de voir aboutir rapidement, peut-être d’ici la fin de l’année, le projet de traité du Quirinal, initié en 2017 et qui vise à offrir « un cadre plus stable et ambitieux ». à la coopération franco-italienne, sur le modèle du traité de l’Elysée entre la France et l’Allemagne.

François de La Taille avec l’AFP

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