France

La Cour de cassation confirme la libération du cardinal

Le cardinal Barbarin, le 7 mars 2019 à Lyon, lors de l’annonce de sa démission. – JEAN-PHILIPPE KSIAZEK / AFP

  • La Cour de cassation a confirmé mercredi la libération du cardinal Barbarin pour non-dénonciation d’agression sexuelle sur mineurs en rejetant le recours formé par 8 parties civiles.
  • La plus haute juridiction française considère que de tels faits peuvent être dénoncés par un tiers à partir du moment où les principales victimes ne sont pas en mesure de le faire.
  • La Cour considère donc que, dans l’affaire Barbarin, les victimes du père Preynat auraient dû trouver justice elles-mêmes. Ce que déplorent les parties civiles, en parlant d’un “pas en arrière”.

Le cardinal Barbarin avait-il l’obligation de dénoncer les violences sexuelles contre les mineurs dont il avait connaissance, même si les victimes sont désormais des adultes? L’arrêt rendu ce mercredi par la Cour de cassation clôt le débat. Elle a rejeté le pourvoi des huit parties civiles, alors même que l’avocat général de la plus haute juridiction française avait demandé en janvier dernier une cassation «partielle» de l’arrêt de la cour d’appel de Lyon, rendu le 30 janvier 2020.

Le 7 mars 2019, le tribunal correctionnel de Lyon a condamné l’archevêque à six mois de prison avec sursis, estimant qu’il aurait dû se rendre au parquet en 2014, lorsqu’une première victime est venue se confier à lui pour évoquer les actions passées du père Preynat. contre lui.

Les magistrats de la cour d’appel de Lyon l’ont ensuite libéré, jugeant qu’il n’avait pas à dénoncer les agressions (prescrites pour certains) puisque les parties civiles, désormais majeures, auraient pu le faire elles-mêmes. Une décision confirmée ce mercredi par la plus haute juridiction française qui se fonde sur le fait que les victimes «âgées de 34 à 36 ans, intégrées dans la famille, sociale et professionnelle, sans maladie ni handicap, ont pu porter plainte».

“Un pas en arrière”

«Notre appel visait à faire avancer la société», répond Alexandre Hezez (la première victime à avoir rapporté les faits à l’archevêque), «triste» de cette décision, qu’il qualifie de «nuisible». «Le message délivré par la Cour de cassation est très clair aujourd’hui. La justice dit que les victimes adultes n’ont qu’à assumer elles-mêmes leurs responsabilités. Pour moi, c’est un pas en arrière », poursuit-il.

«Tout le monde n’a pas la possibilité de s’exprimer ou de demander justice. Il y a parfois des traumatismes qui vous empêchent de franchir cette étape même si vous êtes majeur. Il y a aussi des pressions familiales ou religieuses. Tout le monde n’a pas la force d’aller attaquer un prêtre », ajoute Alexandre Hezez, pour qui« la protection des grandes victimes »n’est pas prise en compte par les tribunaux.

“Un risque que les prédateurs continuent d’agir en toute impunité”

“C’est évidemment une déception”, a réagi à l’AFP Me Patrice Spinosi, avocat des parties civiles. «Cette décision court le risque qu’il y ait des comportements qui ne soient pas dénoncés par les victimes et que les prédateurs puissent continuer à agir en toute impunité», déplore-t-il.

«Cette décision dit une chose: les victimes adultes ne sont plus en mesure de trouver de l’aide auprès d’autres personnes. Ils doivent se débrouiller seuls », conclut de son côté Alexandre Hezez.

La libération du cardinal Barbarin étant définitive sur le plan pénal, les parties civiles n’auraient été fondées que pour réclamer d’éventuels dommages-intérêts si le tribunal leur avait donné raison.



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