France

Le Maroc attaque Forbidden Stories et Amnesty à Paris pour diffamation

Publié le : 22/07/2021 – 22:43

Le Maroc, accusé d’avoir utilisé le logiciel espion Pegasus, a décidé de poursuivre Amnesty et Forbidden Stories pour diffamation devant le tribunal correctionnel de Paris, a annoncé jeudi l’avocat du royaume dans un communiqué.

Le Maroc contre-attaque dans l’affaire Pégase. Après avoir ouvert une enquête pour “accusations infondées”, le royaume a décidé, jeudi 22 juillet, de poursuivre Amnesty et Histoires interdites pour diffamation devant le tribunal correctionnel de Paris, a annoncé son avocat dans un communiqué transmis à l’AFP.

“Le royaume du Maroc et son ambassadeur en France, Chakib Benmoussa, ont mandaté Me Olivier Baratelli pour émettre, à compter d’aujourd’hui, deux citations directes en diffamation” contre ces deux associations à l’origine des révélations depuis dimanche sur les clients de ce logiciel .

Une première audience de procédure est prévue le 8 octobre devant la chambre du droit de la presse, mais le procès ne devrait pas avoir lieu avant environ deux ans.

L’avenir de cette procédure pourrait toutefois se heurter à la jurisprudence récente de la Cour de cassation : saisie par le Maroc après plusieurs rejets de plaintes, la plus haute juridiction de l’ordre judiciaire a jugé en 2019 qu’un Etat ne pouvait pas poursuivre pour diffamation publique.

“L’Etat marocain entend saisir immédiatement la justice française car il veut que toute la lumière soit faite sur les fausses allégations de ces deux organisations qui avancent des éléments sans aucune preuve concrète et démontrée”, accuse Me Baratelli.

Le Maroc dénonce des “mensonges” et des “fake news”

“L’Etat marocain considère qu’il fait face à une nouvelle liste d’affaire et que le passé a amplement démontré qu’il était facile de tirer de fausses conclusions de telles pratiques”, ajoute l’avocat, déplorant un “procès d’intention médiatique, infondé et visiblement créé à partir de gratter pour déstabiliser les relations diplomatiques profondes entre le Maroc et la France ».

Le royaume chérifien « entend ne pas laisser impunis les multiples mensonges et fake news propagés ces derniers jours ».

Dès lundi, le gouvernement marocain s’est défendu en niant avoir acquis “des logiciels informatiques pour infiltrer les appareils de communication”.

Rabat a alors menacé, mercredi, “d’opter pour une procédure judiciaire, au Maroc et à l’international contre toute partie reprenant ces allégations fallacieuses”.

Dans le même temps, le parquet marocain a annoncé mercredi “l’ouverture d’une information judiciaire sur ces fausses allégations et accusations”.

Cinquante mille numéros potentiellement regardés

Introduit dans un smartphone, ce logiciel – conçu par la société israélienne NSO – permet de récupérer des messages, des photos, des contacts, et d’activer des micros à distance.

Les organisations Forbidden Stories et Amnesty International ont obtenu une liste de 50 000 numéros de téléphone, sélectionnés par les clients de NSO depuis 2016 pour une surveillance potentielle, et l’ont partagée avec un consortium de 17 médias qui ont révélé son existence dimanche.

La liste des cibles potentielles comprend le nombre d’au moins 180 journalistes, 600 hommes politiques, 85 militants des droits de l’homme ou 65 chefs d’entreprise, selon l’analyse du consortium – qui en a localisé beaucoup au Maroc. , l’Arabie saoudite et le Mexique.

Le Monde et Radio France, membres du consortium, ont révélé qu’une ligne téléphonique du président français figurait parmi les “numéros sélectionnés par un service de sécurité de l’Etat marocain (…) pour un éventuel piratage”.

L’ancien Premier ministre Édouard Philippe, 14 membres du gouvernement dont Jean-Yves Le Drian et Gérald Darmanin, ainsi que d’anciens ministres et responsables politiques figurent également sur cette liste, selon ces médias.

Avec l’AFP

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