France

Même équipe, même programme… même résultat ? Pour Mélenchon, le pari risqué de la continuité

Le candidat de la France insoumise, invité de “Face à BFM” ce jeudi soir, enchaîne dans ceux de sa précédente campagne présidentielle, espérant réitérer son score de 19,5%. Au risque de lasser ses potentiels électeurs ?

Comme un air de déjà vu ? Salaire minimum de 1400 euros, salaire maximum, Assemblée constituante pour instaurer une 6e République, retraite à 60 ans… Le programme de Jean-Luc Mélenchon pour 2022, dévoilé jeudi dernier, est une version légèrement revue de celui de 2017. L’Avenir en commun, le nom de sa plateforme programmatique, n’a été modifié que d’une trentaine de pages depuis la dernière présidentielle et sera porté par les mêmes visages.

Dans les rangs de La France insoumise, on assume les parallèles entre les deux campagnes, à cinq ans d’intervalle.

“On ne va pas s’excuser d’avoir de bonnes propositions qui s’étalent sur tout un quinquennat et qui sont plus que jamais d’actualité, avec des gens qui les connaissent bien”, estime le député insoumis Ugo Bernalicis, interrogé par BFMTV.com

“Ce type d’accusations, c’est ce qui m’agace le plus. Nouveau ne veut pas forcément dire bon”, confie même Manuel Bompard. Le parlementaire a un bon jeu pour défendre son candidat : ​​directeur de campagne de Jean-Luc Mélenchon en 2017, il joue les prolongations en étant à nouveau numéro 1 dans le dispositif.

Même directrice de la communication, Sophia Chikirou, même responsable de l’événementiel et de la campagne numérique, le député Bastien Lachaud, même chargé de coordination avec les autres mouvements de gauche, le parlementaire Eric Coquerel… “C’est une équipe qui se connaît bien, qui a acquis des réflexes, », assume Jean-Luc Mélenchon auprès de France Info.

Ses rivaux de gauche inspirés par le programme ?

En guise de validation de cette stratégie, les élus insoumis ne manquent pas de souligner que, selon eux, les autres candidats de gauche puisent volontiers dans L’Avenir en commun.

“Le droit de vote à partir de 16 ans d’Anne Hidalgo, cela fait partie de nos propositions depuis des années”, se félicite ainsi le porte-parole jeunesse de la France insoumise David Guiraud à BFMTV.com. “Le discours de Yannick Jadot s’oriente vers des positions beaucoup plus proches des nôtres”, notait également Jean-Luc Mélenchon en octobre dernier, évoquant les propositions de l’écologiste sur la réindustrialisation.

« D’une certaine manière, nous allons adopter la même stratégie qu’en 2017, en recherchant à la fois des électeurs socialistes et écologistes et en attirant des électeurs qui ne votent plus », explique un élu LFI.

“Notre programme avait parlé à tous ces gens et cela nous a permis de faire un très bon score. Nous n’avons vraiment aucune raison de changer quoi que ce soit”, poursuit-il.

“Nous avons beaucoup travaillé ces 5 dernières années”

A confirmer dans les urnes. « En 2017, la plupart des électeurs ont découvert ou redécouvert Jean-Luc Mélenchon », note Jérôme Sainte-Marie, sondeur et politologue. “Sa campagne en 2012 a été moins remarquée et d’une certaine manière il est apparu comme un homme nouveau. Ce n’est plus du tout le cas aujourd’hui. Il est surexposé dans les médias depuis 5 ans maintenant.”

Depuis, son image a été en partie ternie, avec notamment les vidéos de la perquisition au siège de la France insoumise dont on se souvient. Le candidat Mélenchon est la deuxième personnalité politique à susciter le plus de rejet chez les Français, derrière Eric Zemmour et devant Marine Le Pen, selon le dernier baromètre politique d’Odoxa, publié mardi.

Face à ces chiffres, le parti tente de mettre en avant sa crédibilité. “Nous avons beaucoup travaillé ces 5 dernières années à l’Assemblée nationale”, assure Ugo Bernalicis – LFI n’avait pas de groupe parlementaire avant les législatives de 2017.

« Cela nous a permis d’affiner certains thèmes et de voir sur lesquels nous voulions particulièrement insister, notamment en déposant nos propositions de lois », affirme le député. « Regardez, la nationalisation des autoroutes, on en parlait déjà en 2017 mais sans vraiment insister.

Ce travail législatif a notamment largement contribué à la trentaine de pages ajoutées à L’Avenir en commun, étoffées sur les thèmes de l’égalité femmes-hommes et de l’aménagement écologique.

Une émission « musclée » sur l’Union européenne

Seul vrai changement majeur : le thème européen. Il ne s’agit plus de menacer Bruxelles de retirer la France de l’UE si les États membres refusent de réviser les traités, jugés trop contraignants, notamment pour les investissements publics. Les Insoumis proposent désormais un « opt-out », c’est-à-dire la désobéissance aux traités sur des points stratégiques.

Pas question de voir un changement majeur, jure Manuel Bompard, avec BFMTV.com. “On a toujours dit plan A, plan B : ça ne change pas”, précise le directeur de campagne. Avant les qualifications.

“C’est vrai que c’est surement plus précis mais on ne change pas notre vision des choses. On a toujours dit qu’on irait au rapport de force. Ça marche. Regardez, (l’ancien Premier ministre britannique) Margaret Thatcher a obtenu ses remises comme ça! “

« On était léger sur l’Union européenne donc on a construit un peu », admet cependant David Guiraud. “Le Brexit s’est passé là-bas… On n’a vraiment pas envie qu’on lui ramène tout au long de la campagne donc on propose des choses qui seront peut-être plus réalistes”, analyse un collaborateur du groupe à l’Assemblée.

Un “risque sacré”

C’est le moment d’éviter de prendre des risques… Au risque de s’ennuyer ? « Les politiques ont été traumatisés par la séquence de Montebourg », analyse Isabelle Veyrat-Masson, directrice de recherche au CNRS.

“Il a essayé de marquer les esprits avec sa proposition de bloquer les transferts de Western Union (vers les pays qui refusent d’accueillir leurs ressortissants visés par une mesure d’expulsion en France)”, rappelle le spécialiste de la communication politique. “Mais cela s’est retourné contre lui avec des départs en cascade dans sa campagne. Mélenchon essaie d’éviter des propositions trop conflictuelles.”

“C’est vrai que Jean-Luc Mélenchon prend un sacré risque de copier-coller 2017”, regrette un ancien rebelle français de BFMTV.com , le jeu vidéo Fiscal Kombat. Je ne vois pas trop comment on fait l’actualité si on reste toujours dans notre couloir. “

Pour l’heure, Jean-Luc Mélenchon plafonne dans les sondages. Aujourd’hui, en moyenne, il est crédité d’un peu moins de 9% des intentions de vote, selon l’Elysée BFMTV, notre baromètre des sondages sur l’élection présidentielle. Loin derrière Emmanuel Macron, Marine Le Pen ou Eric Zemmour. Et donc insuffisant en l’état pour se qualifier pour le second tour. Le leader insoumis tentera d’inverser la tendance, avec un premier grand meeting de campagne le 5 décembre à La Défense (Hauts-de-Seine).

Marie-Pierre Bourgeois et Nina Jackowski

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