France

pourquoi l’extrême droite française se relaye avec Viktor Orban

Marine Le Pen se rend ce mardi à Budapest et sera reçue par le Premier ministre ultra-conservateur Viktor Orban. Une visite qui intervient un mois après un voyage similaire d’Eric Zemmour, notamment avec Marion Maréchal.

Un mois après Eric Zemmour, qui a pris soin de se présenter aux côtés de Marion Maréchal, c’était au tour de Marine Le Pen de se rendre sur les bords du Danube, terre du Premier ministre magyar ultra-conservateur Viktor Orban. La candidate du Rassemblement national (RN) à l’élection présidentielle française marche sur les traces de sa quasi-rivale à Budapest, même si cette dernière n’est toujours pas officiellement candidate malgré des propos sans équivoque.

Le député du Pas-de-Calais a été accueilli par les services du Premier ministre, presque comme un chef de l’Etat, a constaté BFMTV sur place. L’ancien patron du RN, retiré de la direction du parti pendant la campagne, va déjeuner avec Viktor Orban, qui lui accordera ensuite une interview, avant une conférence de presse commune prévue à 15 heures.

Une visite avec des tenues plus officielles que celles d’Eric Zemmour le mois dernier. Le sulfureux polémiste avait été reçu par Viktor Orban lors d’un entretien privé, en marge d’un sommet démographique réunissant des personnalités de l’identité de droite, comme l’ancienne députée frontiste du Vaucluse Marion Maréchal, également nièce de Marine Le Pen, ou l’ancien vice-président américain de Donald Trump Mike Pence.

« Un oracle réactionnaire »

“J’admire sa politique, j’admire sa résistance à l’air du temps, aux pressions de toutes sortes, de la Commission (européen, NDLR), des Allemands, par Emmanuel Macron ; oui j’admire ça et je pense qu’il a compris ce qui se passait vraiment en Europe, au-delà des modes et du diktat politiquement correct”, a déclaré Eric Zemmour à l’issue du déjeuner-rencontre.

Ainsi courtisé, Viktor Orban serait-il devenu une sorte de « modèle » pour l’extrême droite française ? C’est une lecture soutenue par l’enseignant à Sciences-Po Patrick Martin-Genier.

« Nous allons consulter un oracle réactionnaire, d’extrême droite, qui est au pouvoir et qui fait l’objet de mesures d’infraction de la part de la Commission européenne. (Un pays) où il n’y a plus de liberté de la presse, où les juges sont n’est plus indépendant », a analysé ce mardi matin sur BFMTV ce spécialiste des questions européennes et internationales, qui voit en la Hongrie un « État qui ne respecte plus l’État de droit ».

« M. Zemmour s’y est rendu, à Budapest, il avait déclaré son admiration pour M. Orban ; et là Mme Le Pen va en effet chercher une sorte de ressourcement idéologique auprès d’Orban, qui est complètement hors de l’Union européenne », poursuit Patrick Martin. -Genier.

Le Pen et Orban, ensemble contre les « diktats » de l’UE

Cité par Politique, l’eurodéputé RN Nicolas Bay, également du voyage en Hongrie, estime que Marine Le Pen et Viktor Orban ont « la même vision » autour des « diktats de l’UE, des politiques natalistes et de l’immigration de masse ». Cependant, des points de divergence existent entre les deux personnalités sur les questions sociales.

Comme le rappelle l’AFP, Eric Zemmour et Marion Maréchal partagent avec Viktor Orban un indéniable conservatisme sur certains thèmes, brandissant la théorie du complot dite du “grand remplacement” et fustigeant un prétendu “lobby LGBT”, alors que Marine Le Pen n’avait pas défilé dans le rangs de la Manif pour Tous en 2013.

Viktor Orban, 58 ans, a été Premier ministre de Hongrie entre 1998 et 2002, avant de revenir au pouvoir en 2010, sans interruption à ce jour. Il a notamment exprimé, en juillet dernier, son souhait d’organiser un référendum sur sa loi anti-LGBT. Ce texte, dont le contenu a déclenché une procédure d’infraction de la part de la Commission européenne, vise à interdire la « promotion » de l’homosexualité chez les mineurs ainsi que l’évocation de la transidentité.

Lundi à l’AFP, le porte-parole du RN Sébastien Chenu a déclaré que “(le RN) n’est pas là pour donner des bons ou des mauvais points à Viktor Orban”. “Ce qui nous intéresse, c’est la manière dont la Hongrie résiste à l’Union européenne, dont elle dit ‘Nous devons résister à ce flot migratoire'”. Sur l’immigration, Viktor Orban s’oppose par exemple à l’accueil de réfugiés musulmans, invoquant « l’identité culturelle de l’Europe ».

Coalition européenne “à droite de la droite”

Le Fidesz, le parti de Viktor Orban, a quitté le Parti populaire européen (PPE) au Parlement européen en mars dernier, dont il a été menacé d’exclusion. Depuis, celui qui avant cela tenait ses distances avec Marine Le Pen, veut désormais construire une alliance “à droite de la droite”, indique à l’AFP la politologue hongroise Petronella Soos, spécialiste de la France.

Les multiples rencontres de Viktor Orban pourraient donc servir de multiples intérêts : ceux du Hongrois pour constituer une force ultraconservatrice au niveau européen, avant les élections législatives hongroises du printemps prochain ; et celles des deux personnalités françaises.

Dans la course à la présidentielle, qui ne dit pas son nom pour Éric Zemmour, il s’agit pour le polémiste de continuer à tenter de grignoter l’électorat de Marine Le Pen. Pour ce dernier, envoyer une carte postale d’Europe centrale à la frange la plus radicale de sa base élective et lui donner des gages, alors que plusieurs sondages montrent la dispersion des voix qui avaient jusqu’alors été acquises, menaçant la réédition d’un duel Le Pen/Macron. .

Clarisse Martin avec Loïc Besson

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