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Qu’est-ce que le jugement majoritaire utilisé par la primaire populaire ?

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Les organisateurs de la Primaire populaire ont annoncé samedi les candidats qui seront en lice pour voter du 27 au 30 janvier. Pour l’occasion, les électeurs devront se familiariser avec un mode de vote particulier : le jugement majoritaire.

Après plusieurs semaines de tergiversations, la liste des candidats à la Primaire populaire, qui se tiendra du 27 au 30 janvier 2022, a été présentée samedi 15 janvier par les organisateurs. Ils sont sept au total : il y a ceux qui se présentent avec enthousiasme – Anna Agueb-Porterie, Charlotte Marchandise, Christiane Taubira et Philippe Larrouturou – et ceux qui se retrouvent embarqués malgré eux – Anne Hidalgo, Yannick Jadot et Jean-Luc Mélenchon, tous trois ayant déclaré qu’ils seraient candidats à l’élection présidentielle quoi qu’il arrive.

Qu’ils le veuillent ou non, tous seront soumis au vote des électeurs inscrits sur la plateforme – plus de 110 000 personnes actuellement. Ces derniers détermineront quel candidat de gauche est le plus légitime à leurs yeux pour se présenter à l’élection présidentielle (10 et 24 avril) en utilisant un mode de vote innovant : le jugement majoritaire.


Imaginé au début des années 2000 par deux chercheurs du Centre national de la recherche scientifique (CNRS), Michel Balinski et Rida Laraki, le “jugement majoritaire” vise à remédier aux effets pervers du mode de scrutin présidentiel actuel.

“Le scrutin majoritaire uninominal à deux tours que nous utilisons oblige les électeurs à choisir un candidat sans que ce vote soit nécessairement un vote d’adhésion”, déplore auprès de France 24 Chloé Ridel, co-fondatrice de l’association Mieux Voter, qui campagnes depuis 2018 pour le jugement majoritaire. « Les électeurs votent par défaut, ou votent contre, ou votent utile. Et ils ne peuvent pas dire ce qu’ils pensent des autres candidats. Résultat : l’abstention et le vote blanc ne cessent d’augmenter et le vainqueur est élu sans recueillir l’adhésion de la majorité de la population. “, poursuit-elle.

« Parler au plus grand nombre »

Les partisans du jugement majoritaire aiment à citer l’exemple de l’élection présidentielle de 2002, marquée par l’accession de Jean-Marie Le Pen au second tour et l’élimination de Lionel Jospin au premier tour, notamment en raison de la multiplication des candidats sur le à gauche. Mais avec le jugement majoritaire, selon eux, le candidat socialiste aurait gagné.

La raison ? Avec un tel système, les électeurs sont invités à donner leur avis sur tous les candidats en leur attribuant une mention. Une méthode qui permet d’évaluer plusieurs candidatures et de les juger avec nuance, sans qu’elles s’annulent.

« Tous les candidats sont évalués indépendamment des autres et, au final, le mieux évalué remporte l’élection, explique Chloé Ridel. De cette façon, il n’y a plus de vote utile, et le vote blanc n’a plus aucune raison d’être. soyez, puisque vous pouvez, si vous le souhaitez, rejeter tout le monde Enfin, le jugement majoritaire oblige les candidats à s’adresser au plus grand nombre alors que le mode de scrutin actuel favorise la polarisation du débat politique et n’oblige à ne parler qu’à 20% de l’électorat pour accéder au second tour.

Les candidatures qui divisent hors jeu

Dans le cadre de la Primaire populaire, cinq mentions seront proposées : Très bien – Bien – Assez bien – Passable – Insuffisant. Après les votes, l’approbation majoritaire de chaque candidat est calculée : c’est l’approbation divisant l’électorat en deux parties égales, appelée « approbation moyenne » – et celle qui a la meilleure approbation remporte l’élection.

Une des conséquences de ce mode de scrutin est qu’il élimine presque automatiquement les candidats les plus clivants. Un sondage OpinionWay réalisé en décembre a testé les deux modes de vote sur les sondés : Éric Zemmour se retrouve en dernière position avec jugement majoritaire, alors qu’il obtient 12% d’intentions de vote selon le mode de vote actuel. A l’inverse, Arnaud Montebourg, crédité de 1% d’intention de vote, remonte à la troisième place grâce au jugement majoritaire, derrière Valérie Pécresse, donnée gagnante, et Emmanuel Macron.

En cas d’égalité, c’est-à-dire si deux candidats obtiennent la même note, le jugement majoritaire juge le plus grand nombre d’électeurs parmi ceux qui pensent que le candidat valait plus ou moins que sa mention majoritaire. Ainsi, pour départager Valérie Pécresse et Emmanuel Macron, qui obtiennent tous deux une mention “passable” dans l’exemple ci-dessous, c’est le bloc d’électeurs jugeant positivement le candidat LR (46% des électeurs) qui obtient un gain de car il est plus important que les trois autres blocs (un bloc de 37% le jugeant négativement, un bloc de 43% le jugeant positivement et un bloc de 43% le jugeant négativement).

« Le jugement à la majorité peut donner envie aux abstentionnistes de revenir s’exprimer dans les urnes, assure Chloé Ridel de l’association Mieux Voter. Et d’ailleurs, nous avons été entendus à l’Assemblée nationale par la mission d’information sur l’abstention et elle propose dans ses conclusions d’expérimenter le jugement majoritaire pour les consultations menées au niveau local.

En attendant, le jugement majoritaire fait lentement des émules. Il a ainsi été testé pour la première fois en France en 2016 par LaPrimaire.org, une initiative qui visait à désigner un candidat citoyen à l’élection présidentielle de 2017. Plus de 33 000 électeurs ont pris part au vote. La République en marche a également utilisé cette méthode en 2019 pour désigner ses élus locaux. La Ville de Paris y a souscrit en 2021 pour départager les projets de son budget participatif, 106 000 personnes ayant pris part au vote. Et avec le test grandeur nature de la populaire Primaire, c’est un nouveau coup de projecteur qui profitera au Jugement Majoritaire.

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