France

un sujet explosif pour le gouvernement, avant la présidentielle

Alors que l’Autriche rendra obligatoire la vaccination contre le Covid-19 et que l’Allemagne y réfléchit, le gouvernement écarte cette piste. A quelques mois de l’élection présidentielle, le sujet est explosif.

Alors que plusieurs pays européens s’engagent dans la voie de la vaccination obligatoire et que l’Europe redevient l’épicentre de l’épidémie de Covid-19, la France s’y refuse. A quelques mois de l’élection présidentielle, le débat serait-il trop sensible alors que la plupart des pays qui ont adopté la mesure venaient d’élire de nouveaux dirigeants ? Éléments de réponse.

“Pas le choix de la France”

La France risque de faire face à une cinquième vague avec des indicateurs qui reviennent au rouge (+ 60 % de nouvelles contaminations en une semaine), il n’est pas question pour le gouvernement d’ouvrir cette séquence. “Je ne crois pas à la vaccination obligatoire pour ce vaccin. Je crois beaucoup plus au travail de conviction par la transparence qu’à l’obligation”, jugeait déjà Emmanuel Macron dans un entretien à Brut il y a un an, en décembre 2020.

“L’obligation vaccinale n’est pas le choix que la France a fait”, a répété mercredi le ministre de la Santé, Olivier Véran.

“C’est une vraie question, une question qui est essentiellement politique”, a jugé pour sa part Jean-François Delfraissy, le président du Conseil scientifique, sur BFMTV-RMC ce jeudi matin.

La situation gouvernementale dans les pays européens qui déploient ou envisagent l’application de la vaccination obligatoire lui donne raison. En Allemagne et en Autriche, ce sont à chaque fois deux dirigeants nouvellement élus qui s’engagent dans ce domaine.

L’Autriche, l’un des pays les moins vaccinés de l’Union européenne, particulièrement touché en novembre dernier par une nouvelle vague, a annoncé l’obligation de se faire vacciner à partir du 1er février 2021. “Malgré des mois de persuasion, nous n’avons pas réussi à convaincre suffisamment de personnes de se faire vacciner”, a déclaré Alexander Schallenberg, le chancelier élu le 11 octobre.

En Allemagne, alors que la vaccination obligatoire n’était pas au menu des débats lors des dernières élections, le futur chancelier Olaf Schloz la défend. “Personnellement, j’y suis favorable”, a glissé le futur dirigeant allemand qui prend ses fonctions la semaine prochaine, très loin des propos de l’exécutif français.

La peur de la mobilisation dans la rue

« On ne va pas sur ce terrain chez nous car il y a bien sûr une prudence indéniable de la part d’Emmanuel Macron à l’approche de 2022. Je crois qu’il a été échaudé par les manifestations contre le pass sanitaire, qui sont relativement importantes en plein été. gouvernement a vu que les liens étaient mal vus par toute une partie de la population », juge Antoine Bristielle, professeur agrégé de sciences sociales et directeur de l’observatoire de l’opinion de la Fondation Jean Jaurès auprès de BFMTV.com.

Les manifestations anti-passe-santé, par exemple, ont rassemblé jusqu’à 237.000 personnes dans toute la France le 7 août, selon le ministère de l’Intérieur.

« C’est très compliqué d’envisager la vaccination obligatoire à quelques mois d’une élection. Ça peut remettre une pièce dans la machine. bourdonner et se disputer On risque une forme de cristallisation dans la rue sur un sujet hautement explosif”, rapporte également Bruno Cautrès, chercheur en science politique au CNRS.

Impossible à contrôler

D’autres arguments pèsent dans la balance.

« Si on déployait la vaccination obligatoire en France, on ne pourrait pas vérifier que les gens ont bien été vaccinés. Ça marche pour les bébés car on arrive à contrôler leur efficacité, mais comment contrôler tous les adultes ? c’est évidemment impossible. On peut faire à l’improviste contrôles dans la rue mais cela n’aurait pas beaucoup de sens », argumente Benjamin Morel, docteur en sciences politiques à l’ENS Paris-Saclay après BFMTV.com.

Alors qu’une dizaine de vaccins sont obligatoires pour les enfants de 0 à 2 ans depuis 2018, ces vaccinations sont obligatoires pour être admis en crèche, garderie ou école maternelle. L’obligation de vaccination des soignants est contrôlée par les employeurs.

Le gouvernement entend également capitaliser sur le succès relatif du pass santé : « La vaccination obligatoire contredirait l’efficacité du pass. Le gouvernement veut faire passer le message pendant la campagne présidentielle qu’il a réussi à ralentir les vagues successives grâce à cette outil et le pari qu’Emmanuel Macron a fait le 12 juillet lorsqu’il a fait le choix de le déployer très largement”, décrypte Bruno Cautrès.

Un outil inefficace

La France a également l’un des taux de vaccination les plus élevés d’Europe. 77,1% des Français ont reçu au moins une dose et 75,5% deux doses selon les chiffres du ministère de la Santé. En Autriche, avant l’annonce d’un confinement réservé aux non vaccinés en octobre dernier qui a créé une ruée sur les centres de vaccination, 65% des adultes avaient reçu au moins une dose.

En Allemagne, avec 68,5% de sa population adulte entièrement vaccinée, le pays se situe dans la moyenne de l’Union européenne. Mais de fortes disparités existent entre les Länder. La Saxe, par exemple, compte 57 % de la population entièrement vaccinée.

“On voit bien qu’on n’est pas du tout dans la même configuration. Dans ces territoires, il peut y avoir des réticences liées à l’Histoire où en France, on a massivement joué le jeu”, analyse Antoine Bristielle.

Enfin, l’efficacité de la vaccination obligatoire se pose, estime Benjamin Morel. “Avec la vaccination obligatoire, on réussira peut-être à convaincre 5% de la population en plus d’être vacciné. Mais il y a un noyau dur qui ne resterait pas vacciné, même avec une obligation”, avance ainsi le politologue.

Inconfort des candidats

“Derrière la vaccination obligatoire, il n’y a plus rien, plus de tactique. C’est l’arme de dernier recours”, juge aussi Bruno Cautrès.

Preuve que le sujet est hautement sensible, les candidats à la présidentielle hésitent. Alors que le groupe socialiste a déposé un projet de loi en faveur de la vaccination obligatoire, Anne Hidalgo le défend du bout des lèvres.

“Il faut pousser pour la vaccination. Aller jusqu’à la vaccination obligatoire ? Pourquoi pas”, a expliqué la maire de Paris au micro de infos France le 28 novembre dernier. Même son de cloche du côté du candidat écologiste, Yannick Jadot, qui se déclare favorable “en dernier recours”.

Sur les bancs de LR, Valérie Pécresse l’appelle de ses vœux. “Vaccination obligatoire contre le coronavirus, cela me semblerait nécessaire”, a déclaré Valérie Pécresse le 16 novembre 2020 sur BFMTV-RMC. Son concurrent au congrès LR le préfère plutôt « convaincre que contraindre » en évoquant la vaccination obligatoire des soignants.

Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon y sont totalement opposés.



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